La croissance exponentielle est-elle possible?






Dans le billet précédent, j'ai introduit le concept de comportement exponentiel dont plusieurs exemples dans les ensuite. Pour l'instant, intéressons-nous au PIB, le produit intérieur brut : la figure de droite montre le PIB mondial au cours des 2 derniers millénaires (Source : World GDP - Our World In Data basé sur la Banque mondiale et Maddison (2017) https://ourworldindata.org/grapher/world-gdp-over-the-last-two-millennia). Il semble négligeable jusqu'à la première révolution industrielle. Il affiche ensuite un comportement exponentiel typique en explosant soudainement hors du graphique au cours des dernières décennies. Bien sûr, la richesse et le développement ont apporté d'énormes bénéfices humains, et on ne les comparerait pas à des virus. Grâce au développement économique, les taux d'alphabétisation, la bonne santé et l'espérance de vie n'ont jamais été aussi élevés. Le problème est que la croissance du PIB exige une croissance équivalente de la production d'énergie. Le mix énergétique à base de fossiles utilisé tout au long des révolutions industrielles a impliqué des émissions croissantes de gaz à effet de serre, en particulier de C02. La densité de CO2 dans l'atmosphère entraîne une augmentation de la température à la surface de la terre. Cela finira par fournir le facteur de rétroaction négative empêchant une croissance illimitée, avant même que nous n'épuisions les combustibles fossiles. Si rien n'est fait, le système terrestre réagira en devenant invivable pour l'espèce humaine. Il est intéressant de noter que le lien entre la concentration de CO2 (dioxyde de carbone) et la température à la surface de la terre est connu depuis 1896, grâce à Eunice Foote, une scientifique américaine et militante des droits des femmes (Dee 2021). Arrhenius a ensuite calculé que les émissions humaines de CO2 conduiraient éventuellement à un réchauffement de la planète, reliant ainsi les points finaux entre la croissance économique et le changement climatique(contributeurs Wikipedia 2021). Il s'est trompé en estimant qu'il faudrait quelques siècles pour atteindre un réchauffement notable. Il ne pouvait pas prévoir le comportement exponentiel du développement économique.

Le caractère inquiétant des tendances exponentielles est que l'on doit anticiper et prendre des mesures pour apprivoiser le processus lorsque ses proportions semblent encore mineures. Dans la plupart des cas, si l'on attend que le problème prenne de l'ampleur pour agir, il peut être trop tard. En effet, certains scientifiques et militants ont commencé à tirer la sonnette d'alarme concernant le climat de la planète il y a quelques décennies. Le 21 mars 1994, la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) a été adoptée pour empêcher toute interférence humaine "dangereuse" avec le système climatique (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et Dowson 2019). Les pays signataires de la Convention se réunissent dans les fameuses COP ( Conférence des Parties) chaque année pour évaluer les progrès réalisés. 26 ans après la première COP, les pays du monde n'ont absolument pas réussi à freiner les émissions de GES qui sont une conséquence directe de la croissance économique exponentielle à la base de nos économies. Les patrons des politiques et des entreprises sont dépassés par la croissance économique exponentielle et les émissions de GES correspondantes, comme ils l'ont été par la propagation exponentielle du COVID-19. Dans ce cas, les conséquences à long terme seront bien plus dévastatrices.

Il est facile de blâmer les puissances mondiales, mais je soupçonne que la plupart d'entre nous obtiendraient des résultats tout aussi médiocres. Après tout, nous partageons la même vision mécaniste du monde qui a si bien fonctionné pour créer la société de production et de consommation dans laquelle nous vivons, même si nous en critiquons les excès. Une vision du monde basée sur la mécanique n'est pas adaptée pour saisir la dynamique des phénomènes exponentiels qui émergent dans un réseau complexe d'acteurs interconnectés. Nous avons besoin de nouvelles approches pour comprendre la complexité qui nous entoure et laisser émerger des solutions nouvelles et innovantes.

Espérer identifier des solutions évidentes aux problèmes d'aujourd'hui est probablement illusoire. Cela peut créer des problèmes supplémentaires, surtout si l'on utilise le même état d'esprit que celui qui est à l'origine du problème initial pour tenter de le résoudre. Une nouvelle approche est nécessaire pour comprendre la complexité qui nous entoure. Un bon début est de réaliser à quel point l'approche mécanique est profondément réductionniste et déterministe. Elle part du principe que nous pouvons comprendre le comportement d'un système en le décomposant en ses parties élémentaires, qui sont supposées suivre des règles simples. Le comportement du système est alors considéré comme une simple conséquence des interactions simples entre ses éléments, sans la complexité des boucles de rétroaction.


Au contraire, l'approche systémique, proposée par Peter Senge dans son livre "The Fifth Discipline", est un cadre qui nous aide à rendre compte de l'interconnexion du monde dans lequel nous vivons. La pensée systémique nous aide à voir comment les choses s'influencent mutuellement comme un tout. Dans la pensée systémique, les boucles de rétroaction nous permettent de voir comment un changement dans une partie d'un système peut affecter les autres parties. Cette approche peut nous aider à voir les conséquences involontaires de nos actions et à trouver de nouvelles solutions aux problèmes. La pensée systémique peut être appliquée aux niveaux individuel, organisationnel et mondial.


Sans aucun doute, il ne sera pas possible de relever les défis de l'humanité sans recourir à la technologie. Néanmoins, je suis convaincu que si nous ne pouvons l'ignorer, nous devons compléter la technologie par la conscience, l'intelligence collective et l'agilité. Cette approche holistique nous aidera à comprendre la complexité du système et à gérer nos entreprises, nos carrières et nos vies tout en résolvant les défis de notre planète. Dans les billets suivants, je me plongerai plus profondément dans la description des éléments de cette approche.










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